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8 octobre 2019 — Si des chercheurs américains sont parvenus grâce aux nouvelles techniques de modification des gènes à concevoir des vaches laitières sans cornes ou des cochons nés déjà castrés, des caractéristiques pratiques dans les élevages, ils peinent à recevoir les autorisations pour les mettre sur le marché.

Une équipe de l’université de Davis en Californie, sous la direction d’Alison Van Eenennaam, une spécialiste de la génétique animale, s’est par exemple penchée sur le cas des bovins sans corne.

Cette particularité existe chez certaines races à viande comme l’Angus mais pas chez les races à lait comme la Hosltein. Pour protéger les éleveurs et les animaux de blessures éventuelles, leurs cornes sont souvent supprimées.

Après l’identification du gène responsable de l’absence de corne, la société américaine Recombinetics a altéré l’ADN d’une cellule d’Holstein grâce à des ciseaux moléculaires pour concevoir Spotigy et Buri, deux taureaux sans corne nés en 2015 et accueillis par l’université californienne.

Buri a à son tour donné naissance à six veaux restés dans les enclos de Davis.

DÉCOUVERTE INATTENDUE

Pour savoir si ces animaux pouvaient être envoyés à l’abattoir pour être mangés, Mme Van Eenennaam a contacté l’autorité américaine réglementant l’alimentation, la FDA.

Presque par hasard, l’agence a alors découvert une modification inattendue en travaillant sur des données publiques sur le génome des taureaux.

« J’étais en train de faire les dernières vérifications quand j’ai observé la présence de plasmides (des molécules d’ADN, ndlr), ce qui n’était pas du tout prévu », raconte Alexis Norris, bio-informaticienne au Centre de médecine vétérinaire de l’agence.

Ce fragment d’ADN utilisé pour aller altérer le gène concerné était censé disparaitre de lui-même.

Recombinetics, qui utilise depuis une autre technique que les plasmides pour concevoir des vaches sans corne, ne l’avait même pas cherché.

Le fait qu’un fragment étranger soit inséré dans l’ADN n’est pas forcément dangereux en soi, ni pour l’animal ni pour les consommateurs, assure la FDA. « Mais s’il y a une altération inattendue, cela affecte-t-il la composition de la nourriture, son allergénicité, sa toxicité », remarque Heather Lombardi, en charge des biotechnologies chez les animaux à la FDA.

Cette découverte justifie en tout cas, selon l’agence, l’importance de continuer à surveiller de près l’utilisation chez les animaux de l’édition des gènes au moment où les partisans de cette technique poussent pour une réglementation moins stricte.

Pour ces derniers, les animaux dont les gènes ont été édités en coupant-collant des bouts d’ADN sont différents des organismes génétiquement modifiés, où sont insérés des éléments extérieurs.

La justice européenne a pour sa part décidé en 2018 que les organismes issus des méthodes d’édition du génome devaient être considérés comme des OGM.

PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Après cette découverte, Alison Van Eenennaam s’est résolue à incinérer les cinq mâles issus des taureaux au génome édité car les garder en vie reviendrait trop cher.

La seule femelle, Princess, sera incinérée une fois qu’elle aura mis bas et fourni du lait à analyser.

« Il se passe avec l’édition du génome la même chose qu’il y a 20 ans avec les OGM », déplore la chercheuse. « Les activistes font du bruit en assurant qu’il y aura des conséquences inattendues. L’Europe ressort son principe de précaution. Mais cette fois-ci, l’Amérique du Sud se rebiffe et l’Afrique commence à faire entendre sa voix », dit-elle en soulignant aussi que la Chine mise aussi allègrement sur ces techniques.

Car les applications sont prometteuses, assure-t-elle. Les travaux menés actuellement vont du bétail supportant mieux la chaleur, un avantage avec le changement climatique, au cochon résistant à la fièvre africaine porcine, qui décime actuellement les élevages chinois.

Elle même travaille à la création d’un troupeau entièrement masculin.

Après plusieurs tentatives ratées, une « vache porteuse » a enfin été inséminée avec succès en juin et devrait mettre bas en mars 2020.

Si l’expérience réussit, cela permettrait des cheptels composés uniquement de mâles, pour les races à viande par exemple, ou de femelles, pour les vaches laitières ou les poules.

Mais ces évolutions se heurtent aux réticences du grand public.

« De nombreuses modifications qu’ils présentent au nom du bien-être de l’animal donneront aux éleveurs des excuses pour les conserver dans d’horribles conditions », dénonce Katherine Roe de l’association de défense des animaux PETA.

Thomas Gremillion de l’association de défense des consommateurs Consumer federation of America souligne pour sa part que « même si les aliments provenant d’animaux génétiquement édités étaient rigoureusement testés (…), de nombreux Américains estiment que la manipulation des gènes des animaux est outrageant et ne veulent pas en consommer. »

Rédaction btlv.fr (source AFP)