31 mai 2021 — C’est une affaire incroyable que vient de révéler le site de journalisme d’investigation américain Bellingcat.

Afin de mémoriser les protocoles de sécurité, contenant des sigles à rallonge et de notes ultra-techniques, des soldats américains ont utilisés des applications de «flashcards».

Ces petites antisèches désormais numériques dédiées à l’apprentissage seraient ce qu’il y a de plus efficace dès que l’on veut retenir du par cœur. C’est tout simple : une question sur une face, la réponse sur l’autre.

Ainsi des soldats américains qui révisaient leurs connaissances en ligne ont révélé des secrets nucléaires, selon une enquête publiée par Bellingcat. Le site d’investigation a pu localiser précisément les bombes thermonucléaires américaines stockées en Europe.

La présence d’armes nucléaires américaines en Europe a longtemps été confirmée par  divers documents, photographies et  des  déclarations de  fonctionnaires retraités, mais leur localisation exacte est encore officiellement inconnue, et les gouvernements ne confirment ni ne nient la possibilité de telles bases.

Une photo Facebook de 2013 de la base aérienne de Volkel aux Pays-Bas. © Bellingcat

En recherchant simplement sur Internet des termes connus pour être associés aux armes nucléaires, Bellingcat a pu localiser les cartes utilisées par le personnel militaire servant dans les six bases militaires européennes où des armes nucléaires auraient été stockées.

Certaines des cartes trouvées au cours de cette enquête étaient visibles publiquement sur Internet en 2013. D’autres étaient datées d’avril 2021. On ne sait pas si les mot de passe, les protocoles ou d’autres pratiques de sécurité ont changé depuis. Mais toutes les cartes ont été retirées des plates-formes d’entraînement sur lesquelles elles figuraient après que Bellingcat ait contacté l’OTAN et l’armée américaine pour obtenir des commentaires avant leur publication.

Par exemple, sur des bases où sont stockés des missiles nucléaires aéroportés B61, les hangars à avions (PAS, selon l’acronyme anglais) sont équipés de systèmes de sécurisation des armements (WS3) et d’une armature en béton (vault) qui peut abriter quatre bombes thermonucléaires B61, explique l’auteur de l’article de Bellingcat, Foeke Postma.

En tapant dans la ligne de recherche Google « PAS », « WS3 » et « vault », en même temps que le nom d’une base militaire connue pour abriter de tels armements, le journaliste s’est vu proposer des applications gratuites de fiches de révision destinées aux étudiants, tels Chegg, Quizlet et Cram.

DES SITES JAMAIS RECONNUS OFFICIELLEMENT

Le gouvernement néerlandais n’a jamais reconnu officiellement que la base aérienne de Volkel, dans le sud-est du pays, abritait des armes nucléaires. Mais Bellingcat a découvert, sur l’application Chegg, 70 fiches de révision la concernant. On y apprend qu’il y a onze armatures de protection à Volkel, dont cinq sont « chaudes » – ce qui signifie qu’elles sont armées – et six « froides ».

D’autres fiches de révision trouvées sur l’application Cram révèlent que, sur la base d’Aviano, en Italie, l’armature 27 de la zone « Tango Loop » abrite un missile « froid ». Un militaire aurait même divulgué sur l’une de ces fiches de révision en ligne, les mots de passe et noms d’utilisateurs requis pour désactiver les systèmes de sécurisation WS3. « Nous avons aussi pu trouver des détails sur toutes les autres bases européennes connues pour abriter des armes nucléaires : Incirlik (Turquie), Ghedi (Italie), Büchel (Allemagne) et Kleine Brogel (Belgique) », note le site d’investigation.

DES DÉTAILS EN PLUS !

La plupart des informations révélées sont des manuels – termes, abréviations, formulaires, procédures et protocoles radio. Mais dans certains cas, les militaires ont même ajouté des détails sur leur propre base à l’ensemble de données générales comme l’emplacement des modems reliant les différents objets à surveiller, les procédures de suppression du signal pour chaque zone de la base, les caméras dirigées vers les bombes et des détails sur le fonctionnement de la console de commande. Les cartes contiennent également des informations sur les mots de passe et les noms d’utilisateur pour la connexion au système. Mais surtout, les cartes ont permis de comprendre exactement combien d’ogives nucléaires se trouvent dans chaque base, et dans quel endroit elles se trouvent.

François Deymier (rédaction btlv.fr)

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