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9 novembre 2019 — Pendant des siècles en Chine, ou en Europe, on s’est bandé les pieds pour entrer dans des souliers à la mode et se distinguer socialement. Si aujourd’hui la chaussure apporte beaucoup plus de confort, c’est toujours l’allure contrainte qui fait fantasmer.

« Marche et démarche », une exposition sur l’histoire de la chaussure au musée des arts décoratifs à Paris, explore le rapport du corps à la chaussure, cet « exemple le plus persistant de l’imposition par la mode d’une forme idéalisée sur l’anatomie naturelle ».

L’inspiration vient de la chaussure portée par Marie-Antoinette en 1792 qui correspond à la pointure 33, raconte à l’AFP l’historien de la mode et commissaire de l’exposition Denis Bruna. D’autres modèles de souliers des aristocrates et grands bourgeois des 18 et 19e siècles sont à peine plus grands.

« Comment on a pu entrer des pieds adultes dans des souliers aussi petits? », s’est-il interrogé.

C’est que « les classes supérieures ne marchaient pas. Elles devaient rester confinées à la maison. Affronter les flaques, la boue, les immondices était réservé aux gens du peuple avec leurs gros pieds », explique-t-il.

Un manuel de podologie de 1802 conseillait de « s’enrouler les orteils de ligatures » pour avoir de jolis pieds et la génération bien née au début du 20e siècle avait des pieds fins du fait d’avoir porté pendant l’enfance des chaussures avec une à deux pointure en dessous.

OBJET ÉROTIQUE

Le culte du petit pied vient de Chine où depuis le 11e siècle on repliait les orteils sous la voûte plantaire d’une fille à partir de 5 ans.

« Parfois on n’hésitait pas à casser avec une baguette de métal les os pour pouvoir accentuer la courbure. L’idéal était d’arriver à une pointure 26 maximum à l’âge adulte et un pied en forme du bouton de lotus », raconte Denis Bruna.

« Les filles vantaient le mérite de leur petit pied pour un bon mariage » et ce lotus chaussé, même pendant les ébats sexuels comme le montre une peinture, était « un objet érotique très recherché par les hommes ».

Ce thème est repris dans la section consacrée au fétichisme où l’on peut apercevoir en entrouvrant des rideaux noirs des bottes très hautes avec des lacets très serrés évoquant le fantasme des clients des maisons closes.

En 2007, le cinéaste David Lynch a photographié des danseuses du cabaret parisien Crazy Horse chaussées de Louboutin à talons démesurés, certaines impossibles à porter, dans un univers fétichiste.

TALON DE 12

Ce n’est qu’à partir de la deuxième moitié du 20e siècle que le confort apparaît.

Au dernier défilé haute couture de Dior en juillet, le talon a été presque banni par la créatrice italienne féministe Maria Grazia Chiuri, qui a imaginé les chaussures composées juste d’une semelle collée aux bas.

Pour la styliste, d’un point de vue anthropologique, le talon est une « évolution contemporaine de la tradition chinoise des pieds lotus ».

Une robe tunique était brodée de « Are clothes modern? » (les vêtements sont-ils modernes?), titre du fameux livre de l’architecte Bernard Rudofsky qui a inspiré la collection.

Dans cet ouvrage de 1947, l’architecte soulignait qu’on modelait nos pieds pour les rendre conformes à un idéal fixé.

Pour le ressentir, l’exposition invite le visiteur à glisser les pieds dans des chaussures à plateformes vertigineuses ou avec un bout pointu énorme et essayer de déambuler, en s’appuyant sur des barres.

Un autre espace propose une sélection de scènes cultes du cinéma avec, entre autres, les légendaires démarches de Marilyn Monroe ou Jeanne Moreau juchées sur des talons.

« Aujourd’hui, depuis une vingtaine d’année avec les sneakers, c’est le confort qui prime dans le choix du soulier », souligne Denis Bruna, mais les impératifs culturels vont encore peser sur nos choix.

« Il y a des filles qui me demandent pourquoi on ne trouve plus de talons 12 » cm, confie à l’AFP Pierre Hardy, créateur de chaussures du luxe pour les femmes et l’un des premiers à faire des sneakers chic pour les hommes.

« Pour moi, personne ne veut plus marcher avec un talon 12… mais certaines filles adorent ça, ce qui me semble absolument paradoxal, voire miraculeux ».

Rédaction btlv.fr (source AFP)