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25 mars 2020 — En créant mardi un nouveau comité de chercheurs dans la lutte contre le coronavirus, Emmanuel Macron renforce le poids des scientifiques dans les décisions que prend l’exécutif dans un domaine, la santé, où la parole politique est contestée.

Le chef de l’Etat a passé une bonne partie de la journée à échanger à l’Elysée avec des médecins ou des chercheurs: le matin, il a réuni le Conseil scientifique mis sur pied le 11 mars avant de lancer, en fin d’après-midi, le nouveau Comité analyse recherche et expertise (Care), chargé de le conseiller sur les traitements.

C’est sur la base de leurs avis qu’il devrait décider, dans les prochains jours, de prolonger la période de confinement des Français au-delà des 15 jours fixés le 16 mars.

Le Conseil scientifique a préconisé dans la soirée un confinement d’une durée totale « d’au moins six semaines », soit jusqu’à fin avril. Interrogé pour savoir si le gouvernement allait suivre cette préconisation, le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé qu’il s’agissait d' »une estimation » et qu’il y avait « d’autre expertises ». « Tant qu’il devra durer, il durera », a-t-il ajouté.

« C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus », a de nouveau affirmé mardi Emmanuel Macron.

Depuis trois semaines, l’expertise des médecins et des chercheurs est sans cesse mise en avant dans tous les discours, ceux du président comme ceux du Premier ministre Edouard Philippe ou du ministre de la Santé Olivier Véran.

« À mesure que les jours suivront les jours, que les problèmes succéderont aux problèmes, il faudra, en lien avec les éclairages donnés par les scientifiques, nous adapter », avait prévenu le chef de l’Etat en s’adressant aux Français le 16 mars.

« Il est exceptionnel qu’un gouvernement demande à ce point des avis scientifiques en temps de crise, et c’est à souligner comme une bonne chose », fait remarquer Laëtitia Atlani-Duault, une anthropologue spécialiste des épidémies et membre à la fois du conseil scientifique et du Care.

Mais, pour elle comme pour les autres membres de ce groupe, il est essentiel d’insister haut et fort sur leur « transparence » et leur « indépendance », gages selon eux de leur crédibilité. « Chacun doit rester dans son rôle. Une ligne jaune doit être tracée entre la décision politique et l’expertise scientifique (…) C’est ce qui fait notre force et c’est ce qu’attend le gouvernement: des scientifiques libres et critiques », a-t-elle expliqué au magazine Télérama.

Emmanuel Macron a dit s’appuyer sur leur avis pour prendre deux décisions difficiles et controversées le 12 mars: le maintien du premier tour des élections municipales et la fermeture des écoles et universités.

Deux avis qui ont donné lieu à de longues discussions entre les experts, qui ont pesé le pour et le contre avec comme seul mot d’ordre: l’efficacité pour lutter contre la propagation de l’épidémie, selon son président, le professeur Jean-Paul Delfraissy.

POLÉMIQUE ENTRE CHERCHEURS

Cette stratégie de mise en avant d’une parole apparemment incontestable a cependant ses limites, comme le montrent les différences d’approches entre spécialistes, en particulier sur l’utilisation de la chloroquine pour soigner des patients atteints du Covid-19.

Le professeur Didier Raoult, qui dirige l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, la préconise tandis que nombre de ses collègues prônent une grande prudence ou contestent ses résultats. Le débat est devenu politique, avec des ténors de la droite qui réclament son utilisation, tandis que des patients pleins d’espoir font la queue devant l’institut de Marseille.

C’est en s’appuyant sur d’autres spécialistes, le Haut conseil de santé publique, que malgré la méfiance de l’Organisation mondiale de la Santé Olivier Véran a finalement accepté lundi l’utilisation de la chloroquine, strictement encadrée.

Quoi qu’il en soit, le professeur Raoult ne participera pas aux prochaines réunions du conseil scientifique, dont il reste néanmoins membre. Son entourage a justifié cette absence par le fait qu’il était « occupé à la direction de l’IHU méditerranée infection ».

Même lorsqu’ils ne font pas partie du gotha des spécialistes ayant accès au pouvoir, les médecins veulent peser dans le débat. Comme les signataires d’un manifeste public appelant à « un respect strict des mesures de confinement ».

Face aux médecins qui les ont délogés des plateaux de télévision, les politiques de tous bords ont du mal à se faire entendre. Parmi les plus vocaux, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont de nouveau intervenus mardi pour réclamer la nationalisation de l’usine Luxfer de Gerzat (Puy-de-Dôme) qui, avant sa fermeture, était la seule en Europe à fabriquer des bouteilles à oxygène médical.

Et c’est toujours au nom d’avis scientifiques que chaque pays finalement adapte sa stratégie à ses moyens. Comme l’Allemagne qui teste massivement sa population alors que la France, qui manque de tests, a renoncé à la tester pour l’instant, contrairement aux conseils de l’OMS.

Rédaction btlv.fr (source AFP)