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(CULTURE) Le mystère Arsène Lupin

4 mai 2021 — Pratiquement inconnu par le jeune public il y a seulement un an ou deux, le personnage d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc enthousiasme petits et grands grâce à la nouvelle série de télévision française, Lupin : dans l’ombre d’Arsène, créée par Georges Kay et François Uzan diffusée sur Netflix depuis le 8 janvier 2021 et qui obtient un succès toujours croissant. Arsène Lupin devient le Mentor fictif du protagoniste de la série, le jeune noir athlétique, Assane Diop, interprété par Omar Sy.

Nous sommes en 1995, le jeune Assane Diop est bouleversé par la mort de son père, accusé d’un délit qu’il n’a pas commis. Vingt-cinq ans plus tard, Assane organise le vol d’un collier ayant appartenu à Marie-Antoinette d’Autriche. Le bijou, aujourd’hui exposé au musée du Louvre, appartenait à la riche famille Pellegrini. Il veut se venger de cette famille ayant accusé à tort son père…

C’est à ce moment-là que la série prend une tournure captivante car le héros principal va s’inspirer du livre de Maurice Leblanc, en incarnant  son personnage fétiche Arsène Lupin : le « gentleman cambrioleur ». Il utilise alors la science de ce personnage aux multiples facettes pour échapper à la police.

QUI EST ARSÈNE LUPIN ?

Maurice Leblanc (1864-1941) a toujours gardé le mystère sur les origines du gentleman cambrioleur et celles-ci ont toujours suscité le débat chez les spécialistes.

Néanmoins, Jacques Derouard, essayiste et spécialiste de l’écrivain normand explique (In : Lire, mars 2021) que le créateur d’Arsène Lupin a inventé un « gentleman » voleur d’automobile pour répondre à la demande de son ami journaliste Pierre Lafitte, éditeur inventif qui lance un nouveau magazine en 1905 intitulé « Je sais tout ». Ce dernier le charge en effet d’écrire un feuilleton populaire et d’inventer un nouveau personnage pour l’occasion. Paraît alors L’arrestation d’Arsène Lupin qui obtient un succès immédiat.

Arsène Lupin ne dévoile pas tous ses mystères pour autant… Même l’origine de son nom n’est pas très claire. Plusieurs hypothèses sont avancées notamment celle la plus plausible du journaliste Gaston de Pawlowski qui pense que le nom du cambrioleur aurait été inconsciemment influencé par celui d’un ancien conseiller municipal de Paris : Arsène Lopin et qu’après protestations de l’intéressé, il se serait transformé en Lupin.

Pourquoi aussi avoir choisi comme héros un cambrioleur plutôt qu’un détective pour résoudre des énigmes ? Jacques Derouard précise que le cambriolage devient un fait social nouveau au début du vingtième siècle dont tout le monde parle :

« C’est la belle époque, celle du triomphe de la bourgeoisie, des maisons riches remplies d’objets de valeur à dérober… Fini le temps des bandits de grands chemins qui ne pouvaient pénétrer dans les belles demeures trop bien gardées. Au début, du XXème siècle, des phénomènes nouveaux apparaissent : l’usage des chèques, les appartements inoccupés… Les cambriolages se sont considérablement développés… ».

POURQUOI CE PERSONNAGE FICTIF SEMBLE AVOIR RÉELLEMENT EXISTÉ ?

Le génie de Maurice Leblanc c’est de réussir à faire croire à tout le monde qu’Arsène Lupin a réellement existé puisque ce sont ses confidences qu’il a recueillies qui lui ont permis, affirme-t-il, d’écrire ses premières aventures sous forme de nouvelles.

L’écrivain et journaliste Francis Lacassin arrive même à dresser une biographie très complète de ce personnage plus vrai que nature, né à Blois en 1874…

Arsène Lupin semble également fait de chair et d’os car il évolue au fil du temps, comme tout être humain, en suivant l’évolution de son créateur : « On retrouve, dans les premières nouvelles, les sympathies anarchistes de Leblanc, mais elles disparaissent dans les romans écrits pendant la Grande Guerre où Lupin devient lui-même très patriote et, parfois, franchement anti-Boches… ».

Mais surtout, Arsène Lupin cesse peu à peu d’être cambrioleur pour devenir détective. Avec le temps, il s’embourgeoise et devient très attaché à ses biens. A la fin des Dents du tigre, il se retire dans sa propriété pour cueillir tranquillement ses fleurs et profiter de ses richesses. Il devient même un sauveur que les jeunes filles en difficulté viennent chercher pour les délivrer de ceux qui leur veulent du mal, le défenseur de la veuve et de l’orphelin.

Ce changement correspond au changement de mentalité de l’entre-deux-guerres mais également au fonctionnement nouveau que donne Maurice Leblanc au roman policier. En effet, l’auteur réalise un tour de force très original : il parvient à nous intéresser à une intrigue policière alors que nous connaissons d’avance le nom du coupable.

Et le coupable, c’est lui, Arsène Lupin ! Or, la plupart des romans policiers fonctionnent sur le mode inverse : un délit a été commis et l’intérêt du récit tient dans la recherche du coupable. C’est pourquoi, Arsène Lupin ne pouvait pas rester éternellement cambrioleur. Il devait devenir celui qui cherche ceux qui ont commis quelques forfaitures.

COMMENT ARSÈNE LUPIN EST RESTÉ UN PERSONNAGE INDÉMODABLE ET FASCINANT ?

La fascination exercée par Arsène Lupin repose tout d’abord sur son art du déguisement et de l’usurpation d’identité. Il est « l’homme aux mille déguisements » qui utilise tous les critères physiques et sociaux pour se transformer : nom, âge, classe sociale, profession, nationalité … Ces facultés jouent d’ailleurs un rôle essentiel dans presque toutes ses aventures. L’objectif du cambrioleur est d’être non reconnaissable en toute circonstance.

Maurice Leblanc reconnaît d’ailleurs sa difficulté à lui attribuer un visage défini : « Vingt fois j’ai vu Arsène Lupin, et vingt fois c’est un être différent qui m’est apparu… ou plutôt, le même être dont vingt miroirs m’auraient renvoyé autant d’images déformées, chacune ayant ses yeux particuliers, sa forme spéciale de figure, son geste propre, sa silhouette et son caractère. »

Arsène Lupin plaît à tous car il appartient tout autant aux gens du peuple par son père (d’origine roturière) qu’aux aristocrates par sa famille maternelle (noble).

Il est également intemporel car à la fois classique et moderne. Il a, en effet, ce petit côté Dandy un peu désuet et désinvolte et le physique athlétique d’un jeune sportif très contemporain qui pratique les sports de combat, la gymnastique, la natation, le cyclisme….

Il séduit aussi par son intelligence et ses ingénieuses supercheries. Il se plaît à utiliser la ruse et la manipulation pour ne pas tuer ni blesser ses victimes. Il utilise ainsi son esprit de déduction et sa clairvoyance mais également son intuition et son sens de l’improvisation pour venir à bout de redoutables énigmes.. Ses enquêtes sont toujours construites comme de véritables quêtes dans lesquelles il doit interpréter les faits pour remonter une piste.

Samuel Agutter (rédaction btlv.fr)

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(ESPACE) Dernier test réussi pour le télescope spatial James Webb avant son lancement en octobre

12 mai 2021 — Les astrophysiciens du monde entier en attendent beaucoup. Le télescope James Webb, nait d’un partenariat entre la NASA, l’ESA et l’Agence spatiale canadienne, devrait permettre d’en savoir plus sur la vie dans l’univers. Lancé depuis la Guyane en octobre 2021 pour aller observer les confins de l’univers, James Webb a passé un dernier test décisif en déployant avec succès son miroir pour la dernière fois sur Terre, a annoncé la NASA mardi. Un recherche importante car comme le disait l’astrophysicien Stephane Mazevet lors de son ITW mis en ligne aujourd’hui sur btlv.fr  : « avec les moyens actuels il n’est pas possible d’aller beaucoup plus loin dans l’investigation, James Webb devrait changer la donne ».

UN MIROIR IMPOSANT

Avec un diamètre de 6,5 mètres difficile à caser dans une fusée, les ingénieurs ont dû imaginer un système qui lui permette de se déplier comme un origami. Une manœuvre réalisée encore une fois hier sur le plancher des vaches. Un test qui devait être obligatoirement réussi car la prochaine fois qu’il se dépliera ce sera dans l’espace. Lancé de la Guyane via le fusée Ariane V, le télescope sera placé en orbite autour du Soleil, à 1,5 million de kilomètres de la Terre. Pour Scott Willoughby, de Northrop Grumman, le fabricant principal de James Webb : « C’est comme construire une montre suisse de 12 mètres de haut, 25 de long et 12 de large, et la préparer pour un voyage dans le vide, par -240°C ». Un lancement important car James Webb a des possibilités bien supérieures à Hubble, un autre télescope spatial, lancé en 1990 et qui opère toujours, en tournant autour de la terre à 600 km.

Le Télescope Hubble en orbite autour de la Terre depuis le 24 avril 1990

Pour Klaus Pontoppidan, du Space Telescope Science Institute de la NASA : « Webb n’a pas seulement été construit pour faire ce que fait Hubble en mieux, Il a été construit pour répondre à des questions sur le cosmos et ses origines auxquelles nous ne pouvons pas répondre autrement ».

UNE COLLABORATION INTERNATIONALE

Des scientifiques de 44 pays, ont soumis plus de 1.000 projets au total, dont un peu moins de 300 ont été retenus par un comité dédié. C’est ce qui a permis d’établir le programme d’observation pour la première année d’activité du télescope. Parmi les travaux qui lui seront demandés : l’observation d’exoplanètes au-delà de notre système solaire dont le télescope pourra analyser la composition de l’atmosphère, en quête d’eau ou de CO2 : « En d’autres termes, explorer les atmosphères de mondes qui pourraient abriter la vie » , a déclaré Eric Smith, le responsable scientifique du projet pour la NASA. Une mission capitale, car comme le rappelle Stephane Mazevet, ancien directeur du laboratoire de recherche de Paris dans l’entretien qu’il nous a accordé : « Pour le moment, nous n’avons pas trouvé d’eau sur les exoplanètes de notre système solaire que nous avons étudié ». Avec les capacités de James Webb, il sera plus facile de la trouver : « James Webb va explorer les atmosphères de mondes qui pourraient abriter la vie », a déclaré Eric Smith, le responsable scientifique du projet pour la Nasa avant de rajouter : « Il explorera toutes les phases de notre histoire cosmique ». La communauté scientifique croise les doigts quant à son lancement qui a déjà été repoussé de nombreuses fois en raison d’innombrables problèmes de développement qui ont conduit à une explosion de son coût: environ 10 milliards de dollars.

Bob Bellanca (rédaction btlv.fr)

2021-05-04T17:38:06+02:004 mai 2021|

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