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(MYSTÈRE) Shakespeare et Molière ont-ils écrit leurs pièces ?

7 avril 2021 — En 1919, l’écrivain français Pierre Louÿs a soutenu une thèse étonnante, suivie depuis par de nombreux travaux : Molière (1622-1673) ne serait pas l’écrivain de ses pièces de théâtre mais son contemporain, le dramaturge Pierre Corneille (1606-1684) !

L’Intelligence Artificielle, pourrait être une aide précieuse pour l’attribution de la paternité d’une œuvre, avec un degré de précision presque inédit. Dans un article scientifique paru en 2019, Petr Plecháč explique comment il s’est servi d’un algorithme d’apprentissage automatique pour résoudre un autre mystère littéraire :  celui de William Shakespeare et de son attribution de la pièce Henry VIII.

Ce chercheur en littérature de l’Académie tchèque des sciences a pu ainsi confirmer et affiner une hypothèse remontant aux travaux du Britannique James Spedding. A partir de la scène 2, de l’acte III, à la 2200ème ligne : « D’autant plus blanche et plus pure apparaîtra mon innocence, quand le roi connaîtra ma loyauté », l’œuvre ne serait plus uniquement du célèbre dramaturge anglais mais de son compatriote John Fletcher (1579-1625). Henry VIII serait ainsi une collaboration entre les deux dramaturges.

En revanche, des théories marginales attribuant à  Francis Bacon (1561-1626 ), Christopher  Marlowe (1564-1593 ) ou le Comte d’Oxford, Edward de Vere (1550-1604), la véritable création des poèmes et des pièces de William Shakespeare ont pu être écartées. Il en est de même pour Philip Massinger (1583-1640) qui ne serait pas intervenu dans l’œuvre shakespearienne, contrairement à ce qu’avançaient d’autres critiques littéraires.

La méthode a permis d’établir, à la ligne près, les passages du texte où Shakespeare a passé le relais à Fletcher et inversement.

COMMENT LE SYSTÈME FONCTIONNE-T-IL ?

Petr Plecháč a commencé par extraire les 500 mots et les 500 motifs rythmiques (accentuations de syllabes) les plus fréquemment utilisés dans 189 scènes tirées de quatre autre pièces de Shakespeare (les tragédies de Coriolanus et Cymbeline, le Conte d’hiver et La Tempête), quatre de Fletcher (Valentinian, Monsieur Thomas, The Woman’s Prize et Bonduc) et trois de Massinger. L’étude des idiosyncrasies linguistiques de chaque auteur, a permis à l’algorithme d’établir des comparaisons. Par exemple, Fletcher avait tendance à ajouter le mot “Monsieur” ou “still” à côté d’un pentamètre (vers composé de 5 pieds) standard. Le tout pour créer une sixième syllabe. L’algorithme a pu ainsi s’entraîner à reconnaître le style des trois auteurs  (même dans des textes qu’il n’a jamais vus).

Puis, le chercheur a passé l’écriture d’Henri VIII au filtre des trois modèles distinctifs établis, en sélectionnant plus de cent cinquante passages de la tragédie. Pour cela, il utilise une technique de fenêtre déroulante pour faire défiler la pièce.

Le résultat confirme que James Spedding avait vu juste : Shakespeare et Fletcher ont bien écrit ensemble Henri VIII, en ne se contentant pas seulement de se répartir les scènes  mais parfois en rédigeant en commun la même scène ligne à ligne (comme l’acte IV).

QU’EN EST-IL DE MOLIÈRE ?

Pour essayer de mettre un terme à la polémique autour de Molière et de Corneille les chercheurs français ont utilisé une autre méthode, même s’ils se sont servis partiellement de l’Intelligence Artificielle. Florian Cafiero, ingénieur en mathématiques appliquées au CNRS et spécialiste en humanités numériques et Jean-Baptiste Camps, Maître de Conférences à l’École Nationale des Chartes, ont ainsi fait appel aux algorithmes mais en les utilisant différemment : « Nous avons utilisé l’apprentissage automatique pour la préparation d’un corpus de textes consistant à repérer les natures grammaticales : noms communs, noms propres, adverbes, adjectifs qualificatifs, verbes conjugués, verbes à l’infinitif… », explique Florian Cafiero.

Les chercheurs ont entraîné un « réseau de neurones convolutionnels » (deep learning) sur des comédies en vers du XVI siècle, afin d’obtenir un corpus homogène. Ils ont pu ensuite passer à l’étape cruciale de la « lemmanisation » qui consiste à regrouper les formes occurrentes en revenant à leur racine commune :« L’IA est capable de repérer, par exemple, que les formes « ayez » ou « aurez » correspondent toutes deux au verbe « avoir », précise l’expert.

Une comparaison de caractéristiques telles que le lexique, la morphosyntaxe, les rimes, ainsi que l’utilisation de « mots-outils » (a priori anodins (cela, ou, des, et, voilà…) mais dont l’emploi est propre à chaque auteur ) a pu ensuite compléter l’analyse.

Le résultat réfute la thèse tenace selon laquelle le dramaturge Pierre Corneille aurait écrit les pièces de Corneille : il n’y a pas la moindre trace de l’écriture de Corneille dans l’œuvre de Molière !

Malgré tout, une étude à venir sur la Tragédie-ballet Psyché (1671), pièce commanditée par Louis XIV, s’aidera des mêmes procédés de « machine learning » utilisés le chercheur Petr Plecháč pour mieux définir le travail commun des deux écrivains. On sait déjà, en effet, que cette pièce est une collaboration avérée entre Pierre Corneille, Molière et Philippe Quinault. L’algorithme pourra par conséquent déterminer  avec précisions les passages  écrits par chacun des auteurs.

Ce travail a finalement le mérite de montrer l’intérêt de l’utilisation de l’Intelligence Artificielle pour la compréhension de notre patrimoine littéraire.

Dans un registre plus contemporain et judiciaire, cette méthode par l’IA pourrait permettre également d’identifier des messages sur internet ou de nommer un internaute intervenant sous un pseudonyme ou à partir d’un compte piraté, par exemple. Car s’il est devenu facile de copier des documents, il sera peut-être tout aussi simple demain de découvrir les faussaires !

Samuel Agutter (rédaction btlv.fr)

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(CULTURE) Cette nouvelle émission de télé va réveiller les morts !

21 avril 2021 – L’émission s’intitulera “Hôtel du temps”, et sera présentée par l’animateur Thierry Ardisson, sur la chaîne France 3… Le concept ?

Réaliser des interviews de grandes stars décédées, le tout, grâce aux effets spéciaux ; pour évoquer avec elles, leur carrière ou leurs engagements personnels. En bref, ressusciter les morts.

DES INTERVIEWS FICTIONS

Les interviews de l’Hôtel du temps, seront bien sûr fictives, Thierry Ardisson affirme d’ailleurs qu’elles seront réalisées en se servant de vraies déclarations tenues par les célébrités défuntes. Le tout, illustré par des effets spéciaux, comme avec la technique innovante du “Face Retriever », qui serait encore plus efficace que les désormais célèbres deepfakes, hypertrucage en bon français, tels qu’utilisés dans l’émission d’imitation “C’est Canteloup”, sur TF1.

DES DEEP-FAKES AMÉLIORÉS 

Cette méthode du face retriever est un concept inédit, entièrement pensé pour l’émission Hôtel du temps.

Plus concrètement, son fonctionnement repose sur la technologie, deepfake, mais va un peu plus loin. En effet, pour réaliser une interview, l’émission fera appel à deux personnes : un comédien pour le physique et la personnalité de la célébrité interviewée ; et un imitateur, qui s’assurera de reproduire une voix, la plus proche possible de la star censée être présente.

UN PROJET LONG ET COÛTEUX

Le projet de l’hôtel du temps, est aussi ambitieux que coûteux, en effet, selon le Parisien, le budget de l’émission serait proche des 600 000 euros. Un premier numéro, avec pour invité, Jean Gabin, pour lequel il aura fallu près de deux ans de préparation, avant de pouvoir commencer à tourner.

Un concept d’émission auquel songeait Thierry Ardisson, depuis longtemps. L’animateur a pu s’y consacrer pleinement, après son départ de la chaîne C8, en 2019.

Avant d’arriver sur France 3, l’émission avait été proposée à la diffusion, aux deux plus grandes plateformes de streaming légal Netflix, et Amazon Prime Video, sans succès. C’est finalement le groupe France Télévision, qui s’est laissé convaincre par l’originalité du concept.

Samuel Agutter (rédaction btlv.fr)

2021-04-07T16:49:30+02:007 avril 2021|

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