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(SCIENCE) Les tumeurs ont-elles un cerveau ?

16 avril 2021 – Les patients atteints du cancer donnent souvent un nom à leur « crabe » personnel, comme s’ils devaient combattre une personne douée d’une intelligence redoutable!

La découverte de la chercheuse Claire Magnon, vient donner à cette personnification, fréquente chez les malades, un sens biologique très concret. Cette Docteure française en pharmacie spécialisée en biologie médicale et clinique vient en effet de révéler, en 2019, l’origine cérébrale des neurones.

Cette découverte stupéfiante, Claire Magnon l’a publiée dans la revue scientifique Nature, ce qui l’a propulsée au rang des scientifiques de premier plan : c’est directement dans le cerveau que les tumeurs cancéreuses auraient l’extraordinaire pouvoir de « recruter » des neurones pour tisser leur propre système nerveux ! Un mécanisme glaçant, par lequel « une masse de cellules déviantes se constitue comme un organe dans l’organe », hostile à l’organisme qui l’héberge.

C’est grâce à la ténacité de cette brillante angevine, fascinée depuis son enfance par la thérapie et par l’univers du médicament, que nous devons cette avancée significative dans la connaissance de la formation complexe des tumeurs.

UN PARCOURS HORS-NORMES

Après son Doctorat de pharmacie à l’Université Paris-Descartes (2002), et son deuxième Doctorat ès sciences en cancérologie à l’Université Paris-Saclay (2005), Claire Magnon décroche aux Etats-Unis, en 2007, un « post-doc » à la prestigieuse école de médecine du Mont-Sinai à New-York. Trois ans plus tard, elle est nommée professeure-assistante à l’Albert-Einstein College of Medecine à New York. C’est là qu’elle connait sa première consécration en 2013, lorsqu’elle publie dans la revue Science sa découverte d’un réseau de neurones abrités au cœur des tumeurs. « C’était la première fois qu’on les voyait ! Et aussi qu’on démontrait comment les neurotransmetteurs, secrétés par ce système nerveux, soutenait la croissance tumorale et la dissémination des métastases ».

La jeune chercheuse marque alors une étape décisive pour la science du cancer. Malheureusement, son succès suscite l’adversité et la confronte à la rivalité de ses coéquipiers : « Le monde de la recherche est très compétitif, particulièrement outre-Atlantique. Il peut être impitoyable, surtout quand on est une femme, même si j’ai mis du temps à m’en rendre compte », confie-elle. Claire Magnon décide ainsi de revenir en France pour fonder son propre laboratoire.

Le Docteur Paul-Henri Romeo, directeur de l’institut de Radiobiologie cellulaire et moléculaire à Saclay, s’empresse de lui offrir son propre laboratoire. C’est là qu’elle essaye de répondre à la question qui l’obsède : où la tumeur recrute-elle précisément les fibres nerveuses ? Pour le découvrir, elle tente de repérer « des cellules immatures programmées pour se différencier en neurones au sein de la tumeur ».

« Au départ, j’imaginais qu’elles provenaient du système nerveux en périphérie de la masse tumorale. Sauf qu’en travaillant sur la souris, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup moins de ces progéniteurs neuronaux dans le cerveau des rongeurs malades que dans celui des rongeurs sains. Ça n’avait aucun sens… » Euréka ! C’est précisément cette énigme que Claire Magnon et sa petite équipe de chercheur viennent de résoudre en 2019 : le cancer est en mesure d’envoyer des signaux au système nerveux central pour lui « soutirer » ces cellules via la circulation sanguine !

QUELLES PERSPECTIVES DE TRAITEMENTS ?

« Si l’on parvenait à bloquer ces signaux nerveux, il serait possible de bloquer la croissance tumorale ou la récidive après une ablation de la tumeur ».

L’autre piste prometteuse pour la cancérologie est de trouver les molécules capables de cibler et de détruire les progéniteurs neuronaux durant leur migration à travers la circulation sanguine. « Je développe maintenant un essai clinique pour trouver la bonne molécule ».

Souhaitons que La chercheuse, qui voulait comprendre comment fonctionne un médicament, reviendra à ses premières amours avec succès pour le bien-être des malades qui pourront peut-être enfin se débarrasser de leur hôte indésirable mais dangereusement malin !

Samuel Agutter (rédaction btlv.fr)

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(SCIENCE) Les humains pourraient développer un sixième sens

12 mai 2021 — Les humains, on le sait, ont des sens très limités. Nous ne pouvons pas sentir aussi bien que les chiens, voir autant de couleurs que les crevettes mantes ou trouver le chemin de la maison en utilisant les pôles magnétiques de la terre comme les tortues de mer. Toutefois, d’après les scientifiques, il y a un sens animal que nous pourrions bientôt maîtriser : l’écholocation à l’instar des chauves-souris. C’est ce que vient de démontrer, en laboratoire, une équipe de scientifiques japonais. Leurs travaux montrent que les humains peuvent utiliser l’écholocation, autrement dit « la capacité à localiser des objets par le son ». Ces mêmes chercheurs sont certains qu’une telle technique sensorielle

pourrait nous aider à « voir » dans l’obscurité. Dans tous les cas suffisamment pour pouvoir nous y déplacer.

COMME LE FONT LES CHAUVES-SOURIS

Pour se déplacer, les chauves-souris envoient des ondes sonores aiguës sous des angles distincts qui rebondissent à différents intervalles de temps. Cela les aide à en savoir plus sur la géométrie d’un environnement, la texture ou le mouvement d’un objet. Si nous pouvions agir de la même façon, cela élargirait notre vision du monde tel que nous le connaissons comme l’exprime Miwa Sumiya, chercheuse au Centre de l’information neuronale d’Osaka au Japon et auteure d’une nouvelle étude (ndlr : disponible seulement en Anglais) publiée sur Plos One : « Examiner comment les humains peuvent acquérir de nouvelles capacités de détection pour reconnaître des environnements à l’aide de sons [c’est-à-dire, l’écholocation] peut conduire à la compréhension de l’adaptabilité du cerveau humain ». La chercheuse en est certaine : « Nous sommes également en mesure de mieux comprendre les stratégies de détections d’autres espèces [comme les chauves-souris] en les comparant aux connaissances acquises dans les études sur l’écholocalisation humaine ».

DES TESTS GRANDEUR NATURE

Pour tenter de valider cette théorie, l’équipe de Sumiya a créé une simulation élaborée. Les chercheurs ont réunis dans un première pièce des volontaires à qui ils ont donné une paire d’écouteurs et deux tablettes différentes. L’une pour générer leur signal d’écholocation synthétique et l’autre pour écouter les échos enregistrés.

Dans une deuxième pièce, non visibles par les participants, deux cylindres 3D de forme étrange tournaient ou restaient immobiles. Les 15 sujets ont été invités à lancer des signaux d’écholocation via leur tablette. Les ondes émises par impulsions, sont allées rebondir dans la deuxième pièce sur les cylindres 3D. La chercheuse signale qu’il a fallu faire preuve de créativité pour transformer les ondes sonores en quelque chose que les participants humains ont pu reconnaître. Les chercheurs ont demandé aux participants de déterminer si les échos qu’ils entendaient provenaient d’un objet immobile ou en rotation. Ils ont pu identifier de manière fiable les deux cylindres en rotation en utilisant les signaux d’écholocation variant dans le temps qui rebondissaient sur les cylindres. En revanche, les participants ont eu plus de mal à identifier la forme des cylindres fixes. Les chercheurs affirment que leurs travaux prouvent que les humains, comme les chauves-souris, sont capables d’interpréter les objets par le son. Dans un avenir proche, les ingénieurs pourraient intégrer cette technologie dans nos téléphones portables, les montres connectées ou dans nos lunettes. Une technologie qui pourrait faciliter le déplacement de personnes malvoyantes.

Bob Bellanca (rédaction btlv.fr)

2021-04-16T16:35:13+02:0016 avril 2021|

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