17 mai 2021 – Bébé renverse son gobelet, tambourine distraitement dans sa purée de carottes, mais sous son air d’agitateur désordonné, il nous observe, nous, en train de manger.

Et plus particulièrement ce que l’on mange et comment on le mange. En fait, les bébés sont à l’affût des indices sociaux pendant les repas. Tels sont les résultats d’une étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université de Chicago.

Ils ont recruté des bébés et leur ont fait visionner des vidéos de 9 secondes. Dans un film, les bébés pouvaient voir deux femmes assises à côté l’une de l’autre, en train de manger dans une assiette verte et de boire dans un verre bleu. L’une des femmes goûte le contenu de l’assiette verte, sourit et s’exclame d’un ton exagérément positif et enjoué : « Hum ! Comme c’est bon ! J’aime bien ça ! ».

La seconde personne, à son tour, goûte, soit à la même assiette verte, soit au verre bleu, et dit sur un ton dépréciatif et avec une mine dégoûtée : Berk ! C’est vraiment pas bon ! Je n’aime pas ça !

Lorsque les deux personnes paraissent amies, les enfants semblent étonnés qu’elles n’apprécient pas le même aliment. Inversement, si ces deux personnes ont un comportement hostile l’une envers l’autre, les jeunes participants ont l’air surpris en revanche qu’elles apprécient le même aliment !

Quand les deux adultes parlent des langues différentes, les bébés monolingues sont surpris qu’ils apprécient le même aliment, car il semble déduire implicitement que tous les deux sont issus de groupes culturels différents. A l’inverse, les bébés bilingues, s’attendent à ce que les personnes qui parlent plusieurs langues apprécient les même plats…

L’expérience souligne  aussi l’importance de l’expression faciale du dégoût pour les très jeunes enfants. Si un bébé perçoit une personne visiblement dégoûtée par le contenu d’un plat, il s’attend à ce que les autres personnes le soient également, même si les deux personnes ne parlent pas la même langue ou ne sont pas amies.

Les chercheurs interprètent cette attitude comme une capacité du bébé à identifier la nourriture potentiellement dangereuse, qui pourrait lui nuire. Le dégoût, tout comme la tristesse ou la colère apparaît alors comme un indice universel, indépendant de tout groupe social. Cette compétence adaptative, aurait contribué à la survie de l’espèce…

Autrement dit, si nous voulons encourager  bébé à manger la délicieuse purée d’épinards que nous lui avons mitonnée, mieux vaut commencer par la déguster nous-mêmes en faisant appel à tous nos dons de comédien,  en prenant un air exagérément enjoué ! En revanche, si un aliment nous dégoûte et que nous ne le cachons pas, il ne faut pas s’étonner que notre enfant ne s’aventure même pas à le goûter !

La nourriture possède ainsi un caractère  bien plus social qu’il n’y paraît : nourrir bébé c’est aussi influencer ses goûts et ses dégoûts, qui (heureusement peut-être) peuvent évoluer avec le temps et  grâce à d’autres influences !

Samuel Agutter (rédaction btlv.fr)

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