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23 mars 2020 — Thé aux herbes, citron ou oignons : dans certaines régions reculées du Venezuela, où le système de santé s’est effondré, certains ont ressorti des méthodes « ancestrales » auxquelles ils attribuent de prétendues vertus miraculeuses pour se prémunir contre le coronavirus.

La panique a saisi Dilia Zorrilla il y a un peu plus d’une semaine, lorsque le président Nicolas Maduro a annoncé que deux premiers cas de coronavirus avaient été confirmés sur le territoire vénézuélien. Gérante d’un modeste hôtel de Güiria, un village côtier isolé à 600 km à l’est de Caracas, elle s’est alors ruée pour acheter masques et gel hydroalcoolique.

Mais, particularité locale, elle a aussi sorti… des oignons. Elle a demandé à ses employés de les placer au pied d’une Vierge del Valle, particulièrement vénérée sur la côte de la mer des Caraïbes.

« Ils ne sont pas de trop », assure-t-elle. Car, selon la croyance populaire locale, les oignons tiendraient les maladies à l’écart.

Dès qu’un client arrive, il est reçu par Dilia Zorrilla qui lui dépose une goutte de gel antiseptique dans les mains et lui remet une infusion à base d’herbes médicinales et d’agrumes. « Buvez », ordonne-t-elle.

Dans son coin reculé, plus facilement accessible par la mer que par la route, Mme Zorrilla se sent surtout désinformée. La faute à une couverture téléphonique déficiente et un accès intermittent aux chaînes de télévision. « Ici, on ne s’informe qu’à travers les réseaux sociaux », dit-elle.

Dans cette région de l’Etat de Sucre, où rôdent narcotrafiquants et bandes armées, les élixirs n’ont rien à voir avec une quelconque croyance religieuse. Il s’agit simplement de recettes, trucs et autres secrets transmis de génération en génération.

Le chirurgien Jaime Lorenzo de l’ONG Médicos Unidos (Médecins unis) estime qu’ils « sont l’expression du désespoir », produit des incertitudes qui entourent le coronavirus au Venezuela, où 70 cas ont été confirmés pour l’heure, mais aucun décès lié à la maladie.

« En tant que scientifiques, nous avons besoin d’avoir une preuve scientifique de l’efficacité de tel ou de tel remède », souligne-t-il, ce qui n’est pas le cas de ces potions « ancestrales ». Et de répéter l’ordre édicté par Nicolas Maduro: pour freiner la progression du virus, il faut rester chez soi.

Depuis le début de la semaine, le Venezuela est en « quarantaine totale ». Sur ordre du gouvernement socialiste. Les seules sorties autorisées sont pour aller acheter à manger ou voir un médecin. Les écoles sont fermées et la plupart des liaisons aériennes suspendues. L’armée et la police ont été déployées pour faire respecter ces mesures.

« UN MYTHE »

Mais le recours aux remèdes artisanaux ne date pas de l’arrivée du coronavirus au Venezuela.

Avec la crise économique, le système de santé s’est effondré et les médicaments font souvent défaut dans les pharmacies ou sont trop chers.

La communauté médicale a d’ailleurs alerté sur l’impréparation des hôpitaux vénézuéliens en cas d’arrivée massive de personnes malades du Covid-19.

« Ici, nous ne sommes pas préparés » pour affronter une épidémie, lance Alodia Anton, une commerçante de 53 ans venue à l’hôpital de Güiria pour se faire prendre la tension. Impossible. « Il n’y a pas de tensiomètre aux urgences », soupire-t-elle.

Son pire cauchemar serait qu’elle ou l’un de ses proches ait besoin d’une aide médicale d’urgence. L’hôpital le plus important de la région se trouve à Cumana, à six heures de voiture de là, sur une route défoncée.

Alors, Alodia s’en remet aux « conseils » que lui envoie sa soeur par la messagerie WhatsApp depuis les Etats-Unis pour se prémunir contre le coronavirus: « boire du thé chaud » au citron, à la camomille « ou peu importe », laver le sol au vinaigre et… garder des oignons dans sa chambre.

Mais le Dr Lorenzo met en garde contre la croyance selon laquelle les boissons chaudes auraient la faculté de « fragiliser » le nouveau coronavirus, « un mythe », dit-il.

Ce qui n’empêche pas Rosa Solangel, 56 ans, de boire « de l’eau chaude infusée à l’ail et au citron » en grande quantité pour prévenir la maladie.

La larme à l’oeil, elle dit avoir surtout « peur » pour la santé de ses trois enfants qui ont préféré quitter le Venezuela pour d’autres pays d’Amérique latine — comme les 4,9 millions de Vénézuéliens qui ont émigré depuis 2015.

Rédaction btlv.fr (source AFP)