23 janvier 2023 – Le programme NASA Innovative Advanced Concepts (NIAC) finance des projets qui paraissent fous dont la plupart ne verront jamais concrètement le jour. Des subventions de l’agence spatiale américaine ont été accordées à 14 équipes.
“Nous examinons tout, des concepts du fond de la serviette aux choses qui sont conceptualisées mais pas encore développées, a déclaré Mike Lapointe, qui travaille sur l’exploration spatiale et comment la rendre innovante. Ce sont des choses qui attendent 20 à 30 ans sur la route pour voir comment nous pourrions considérablement améliorer ou permettre de nouveaux types de missions de la NASA”.
UNE SÉLECTION EN PLUSIEURS FOIS
Plusieurs phases composent ces recherches. En phase 1, la NASA accorde un prix de 175 000 $ pour mener une étude de neuf mois. Les chercheurs doivent présenter leurs plans en détail, effectuer des tests et concevoir des prototypes. Ceux sélectionnés atteindront la phase 2 avec une subvention de 600 000 $ pour une étude de deux ans. Ensuite, le grand gagnant passera en phase 3 pour une dernière étude de deux ans, mais avec deux millions de dollars.
Certains des concurrents, même s’ils ne sont pas sélectionnés, pourraient trouver une place à la NASA, ou chez un partenaire commercial. Les projets peuvent également avoir une influence sur l’exploration spatiale grâce à des technologies dérivées.
Cette année, l’un des lauréats travaille sur le développement d’un habitat assemblé à partir de matériaux de construction cultivés sur Mars.
UNE MAISON POUR MARS
De plus en plus l’idée d’envoyer des humains sur Mars séduit. Mais les chercheurs se heurtent à l’impossibilité actuelle d’envoyer du matériel lourd, comme des habitations par exemple. Le coût de lancement serait exorbitant, et l’atterrissage périlleux.
L’ingénieur en mécanique et matériaux Congrui Jin et son équipe de l’Université du Nebraska cherchent à développer des blocs de constructions auto-croissants. Ces champignons ou bactéries se développent progressivement en filaments et vrilles en remplissant l’espace disponible.
“Nous les appelons des matériaux auto-cicatrisants, précise Jin. Nous voulons aller plus loin pour développer des matériaux auto-croissants.” Pour le moment, l’équipe les a utilisés dans la création de biominéraux et de biopolymères pour remplir des fissures du béton. Sur Mars, ils deviendraient des briques solides dans un bioréacteur. Reste à voir si le processus de croissance peut passer de plusieurs mois à quelques jours.
DE L’OXYGÈNE SUR LA LUNE
Un autre groupe d’études participant au programme du NIAC cherche à développer une pipeline sur la Lune afin de fournir de l’oxygène aux futurs astronautes qui viendront s’installer sur le satellite dans les années à venir. Si la NASA souhaite développer des bases lunaires, elle doit résoudre la question de l’oxygène.
Tout comme des matériaux de construction, il est plus simple de fabriquer le gaz une fois sur place plutôt que de le transporter là-bas. Ce qui est déjà possible grâce à l’électrolyse qui consiste à extracter l’oxygène de la glace d’eau.
Les chercheurs travaillent donc sur le développement d’une pipeline de cinq kilomètres de long pour relier deux zones. Construite en segments, ce seront les robots qui seront responsables de son assemblage, avec l’utilisation de métaux comme l’aluminium extrait du régolithe lunaire.
DES PROJETS PROMETTEURS
D’autres projets sont tout autant ambitieux. Edward Balaban, un scientifique du centre de recherche Ames de la NASA en Californie, souhaite développer un miroir liquide pour des télescopes spatiaux géants. Contrairement aux miroirs classiques fabriqués à partir d’un verre spécial, ils seraient moins vulnérables face aux impacts de micrométéoroïdes.
Un autre lauréat travaille sur la création d’un hydravion pour voler sur Titan, la plus grande lune de Saturne. Des chercheurs proposent également une sonde chauffée pour pénétrer dans l’océan d’Encelade, une autre lune de Saturne, qui est pour le moment inaccessible à cause de l’épaisse couche de glace qui le recouvre.
Le but de NIAC n’est pas de faire aboutir tous les projets, mais d’encourager l’innovation pour résoudre les problèmes liés à l’hostilité de l’espace et au coût de développement. “Si un projet échoue, il nous est toujours utile. Si cela fonctionne, cela pourrait transformer les futures missions de la NASA”, a déclaré Lapointe.





