24 novembre 2020 – le milliardaire Russe, Dmitry Itskov, a quitté le monde du business pour se consacrer à recherche de la vie éternelle via sa fondation : Initiative 2045. Il voudrait pour cela « transférer la personnalité de quelqu’un dans un corps totalement différent ».
Le Projet Avatar d’Initiative 2045 doit rassembler les plus brillants scientifiques ainsi que les investisseurs les plus riches.
Le projet s’articule en 3 étapes :
– création d’un robot anthropomorphe pilotable via une interface neuronale directe
– transplantation d’un cerveau humain dans ce robot d’ici 2025
– transfert d’une conscience humaine dans un cerveau artificiel d’ici 2035
Dmitry Itskov, a écrit aux 1 531 milliardaires répertoriés par Forbes pour pouvoir en motiver quelques-uns pour son projet dès 2012. Il affirme : « je suis sûr à 100 % d’y arriver, sinon je ne me serais pas lancé dans une telle aventure ». Il avait écrit : « ce n’est que lorsque nous devons nous séparer de la vie que nous prenons conscience de tout ce que nous n’avons pas fait ; de ce que nous n’avons pas eu assez de temps pour faire ; de ce que nous désirions vraiment ; ou pour remédier à ce que nous avons mal fait » Il précisait : « tout ce que nous avons chéri et aimé devient soudain inaccessible. Aujourd’hui, vous avez une chance unique de changer la donne. »
COMMENT TRANSFÉRER SON ESPRIT ?
Le scientifique Néerlandais, Randal Koene, travaille à la fondation Initiative 2045 sur l’éventuelle possibilité de télécharger son esprit dans un système informatique. C’est le processus « émulation totale du cerveau ». Randal Koene avance que « l’émulation totale du cerveau est l’aboutissement naturel d’une neuroprothèse de plus en plus précise ». Il ajoute : « c’est aussi la voie scientifique et technologique d’un processus d’auto-évolution cognitive qui a été discuté dans les milieux de la philosophie et de la science-fiction. »
En revanche, ce processus est discuté depuis 1929, l’année où a été publié The World, the Flesh, the Devil : An Enquiry into the Future of the Three Enemies of the Rational Soul (Le Monde, la chair et le diable : une enquête sur le futur des trois ennemis de l’âme rationnelle). John Desmond Bernal (physicien britannique) y écrivait : « la conscience elle-même peut se terminer ou disparaître dans une humanité complètement éthérée, se séparant de l’organisme qui lui est étroitement lié, devenant des masses d’atomes dans l’espace qui communiquent par rayonnement, et peut-être finalement se dissoudre entièrement dans la lumière ». Il aura fallu attendre 70 ans après cet ouvrage pour que des rapports sur l’émulation totale du cerveau soient rédigés.
DÉFIS TECHNOLOGIQUES, QUESTIONS PHILOSOPHIQUES
Anders Sandberg (neuroscientifique) et Nick Bostrom (philosophe), font des recherches à l’université de Stockholm. Ils pensent que « le problème n’est pas de savoir s’il existe des systèmes physiques capables d’effectuer les calculs effectués par les cerveaux, puisque de tels systèmes existent déjà : les cerveaux eux-mêmes ». D’après eux, « le problème est plutôt de savoir si le matériel capable de reproduire ce système peut être construit par le génie humain dans un avenir proche, à un coût suffisamment bas pour rendre l’émulation totale du cerveau possible. » Anders Sandberg pose aussi le problème des « corps destinataires : « je peux facilement imaginer la manière dont un ordinateur exécutant le logiciel cérébral pourrait contrôler un corps biologique ; en revanche j’ai beaucoup plus de mal à imaginer comment télécharger un réseau cérébral dans un cerveau receveur ». Il continue : « d’une certaine manière, nous devons réorganiser toutes les connexions pour correspondre à la personne téléchargée. C’est une chose extrêmement délicate, même avec une nanotechnologie mature, puisque de nombreux neurones s’étendent sur la majeure partie du cerveau et devraient être réacheminés. C’est la partie que je trouve absolument irréaliste. »

Randal Koene pense que « le plus grand défi est d’accéder aux données pertinentes du cerveau ». Car « le téléchargement d’un esprit implique l’enregistrement de suffisamment de données sur le cerveau d’une personne pour répliquer mathématiquement ses fonctions cognitives, puis implémenter ces fonctions mathématiques dans un autre dispositif qui produira le même esprit lorsqu’il est activé ».
Des questions se posent malgré tout, dont celle de l’identité. Anders Sandberg propose les remarques de Derek Parfit, philosophe Brintannique. Ce dernier avait étudié la question dans les cas de téléportation de la série Star Trek. Voici des extraits de son livre : « Des raisons et des personnes » , « Il n’y a pas de vérité dans le fait de savoir qui est la “vraie” continuation de la personne originelle, ce qui importe le plus, c’est la connectivité psychologique. » Certaines personnes auraient plutôt tendance à dire que ce n’est pas la survie d’un individu qui est importante mais plutôt la continuité de l’espèce humaine. En effet, l’intelligence artificielle pouvant prendre de plus en plus de place, qu’allons-nous devenir sur cette planète qui devient de plus en plus électronique ?
LE MARCHÉ DE L’IMMORTALITÉ EN PLEIN BOOM
D’après un article de CNBC en mai 2019, la BofA (Bank of America) avait estimé que le secteur « prolongation de la durée de vie et de l’immortalité pourrait, d’ici 2025, valoir 600 milliards de dollars. D’après les analystes Felix Tran et Haim Israel, des entreprises de séquençage du génome (Illumina), de biotechnologies (Novartis) et la maison-mère de Google (Alphabet) vont améliorer la vie et la prolonger au-delà des 100 ans. D’après eux, dès 2025, l’étude du génome humain pourrait offrir des avancées potentiellement révolutionnaires en matière de prévention et de traitement des maladies. Ce secteur pourrait représenter une industrie de 41 milliards de dollars.
Sur les 600 milliards de dollars, 504 milliards devraient être consacrés à l’immortalité. Ce ne serait qu’un début car Felix Tran et Haim Israel envisageaient que les connaissances médicales devraient doubler tous les 73 jours à partir de 2020 contre tous les 3,5 ans en 2010.
Thierry Penin (rédaction btlv.fr)





